À 61 ans, Roger-Yves Bost continue de faire ce pour quoi il est reconnu tout au long de sa carrière : gagner au plus haut niveau, avec style, sensibilité et un amour inconfondable du cheval. À Hong Kong, le cavalier français de saut d’obstacles a ajouté une nouvelle victoire en Grand Prix cinq étoiles à son impressionnant palmarès, cette fois en selle sur une jument expérimentée qu’il n’avait décidé d’engager qu’au tout dernier moment.
Le résultat ne fut pas seulement une victoire, mais le reflet fidèle de la philosophie de Bost au sommet du sport : la passion avant tout, une planification minutieuse et le bien-être du cheval toujours au centre.
Une victoire qui confirme la confiance
La victoire dans le Grand Prix cinq étoiles de Hong Kong n’était en rien le fruit d’un plan rigide établi à l’avance. Au contraire, ce n’est que la veille de l’épreuve que Bost a décidé d’engager sa jument dans le Grand Prix.
« Elle se sentait tellement bien la veille que j’ai décidé d’y aller », explique-t-il. « Ballerine du Vilpion a quinze ans, elle possède une immense expérience et surtout un cœur incroyable. »
La jument, issue des lignées de Baloubet du Rouet, allie énergie et métier. « Elle a beaucoup de puissance, beaucoup d’énergie, mais aussi un mental fantastique. Et c’est cela qui fait la différence à ce niveau. »
Que cette victoire ait eu lieu à Hong Kong la rend encore plus spéciale. « J’avais déjà gagné des épreuves ici, mais jamais le Grand Prix. C’était une première, et cela la rend d’autant plus particulière. »
Hong Kong versus l’Europe
Selon Bost, le sport à Hong Kong ne diffère pas fondamentalement de l’Europe, même si le plateau est plus restreint. « Nous étions 21 dans le Grand Prix, ce qui n’est pas beaucoup. Mais le niveau était très élevé. Tout le monde veut gagner. »
Dix couples ont réalisé un sans-faute, ce que Bost considère comme caractéristique du saut d’obstacles moderne. « Aujourd’hui, presque la moitié du plateau peut gagner un Grand Prix. Autrefois, c’était peut-être 25 %. Le niveau a énormément augmenté partout. »
Ce qui le motive encore
Après des décennies au sommet, une médaille d’or olympique et d’innombrables victoires en Grand Prix, la question demeure : qu’est-ce qui motive encore quelqu’un comme Bost aujourd’hui ? Sa réponse est simple. « La passion du cheval. C’est numéro un », dit-il. « J’aime former les chevaux, les accompagner du jeune talent jusqu’à ce niveau. Et tant que j’ai de bons chevaux, je reste motivé. »
Sa famille joue également un rôle important. « Ils ont la même motivation. Dans les jours difficiles, ils me poussent en avant. Cela aide beaucoup. »
Approcher des 61 ans ne signifie pas qu’il pense déjà à la retraite. « Cela dépend des chevaux. Tant que je me sens bien et que les chevaux sont bons, je continuerai. »
Un cavalier différent d’il y a vingt ans
Bost reconnaît que son approche a évolué au fil des années. « Avant, je voulais tout gagner, chaque épreuve. Aujourd’hui, je choisis plus consciemment. J’établis un plan pour le cheval. »
Ce calme et cette expérience se reflètent aussi dans le travail quotidien. « J’essaie toujours de garder mes chevaux heureux. Pas trop intensifs à la détente, seulement ce qui est nécessaire. Ils doivent prendre du plaisir à sauter. »
Selon Bost, les résultats viennent naturellement. « Je fais mon travail du mieux possible. Si je gagne, c’est formidable. Sinon, j’aurai quand même fait de mon mieux. »
Il ne se fixe plus d’objectifs rigides. « Peut-être Aix-la-Chapelle, peut-être une Coupe des Nations, mais seulement si tout se passe bien. Je trouve toujours les compétitions par équipes très belles. »
En parallèle de la compétition, la formation des jeunes chevaux et le coaching prennent de plus en plus d’importance. « J’aime travailler avec des cavaliers au niveau 1,40 m–1,45 m. J’aime transmettre mon expérience. »
Ses enfants sont eux aussi actifs dans le sport, ce qui renforce encore cet engagement. « Je peux les aider, les guider. Cela rend l’ensemble complet. »
Un conseil pour la nouvelle génération
Aux jeunes cavaliers, Bost adresse un message clair : regarder au-delà de la seule technique. « Il faut avoir la passion du cheval. Ne pas se concentrer uniquement sur la technique, mais rester ouvert à davantage. Il faut apprendre énormément pour devenir vraiment bon. »
La leçon la plus importante de sa propre carrière ? « La patience. Travailler chaque jour. Parfois on a de la chance, parfois non. Mais chaque jour, on recommence. »
Et dans les jours difficiles, sa motivation vient toujours du même endroit. « Je regarde mes chevaux et je me dis : j’ai de bons chevaux. Alors la motivation revient naturellement. »