Pascale Haep possède un œil pour le talent que peu peuvent égaler. Elle l’a déjà prouvé avec Irandole du Flot (Vivaldi du Seigneur), qui a remporté le prestigieux Derby de La Baule sous la selle de Shane Sweetnam, ainsi qu’avec Iashin Sitte (Bamako de Muze), qui s’est hissé au sommet mondial sous Steve Guerdat. Aujourd’hui, c’est au tour de Quesera de Muze (Fantomas de Muze x Bamako de Muze) de quitter l’écurie.
Une lignée d’exception
Quesera de Muze possède l’un des meilleurs pedigrees de l’élevage belge : son arrière-grand-mère n’est autre que la légendaire Narcotique II de Muze. Ce talent n’est pas passé inaperçu ces dernières semaines. La jument est apparue en piste avec la jeune cavalière monégasque Marie Eder Ferrero, décrochant immédiatement une belle deuxième place dans le Grand Prix 1* de Gassin.
« Cela m’a pris un peu de temps avant d’annoncer la nouvelle », confie une Pascale Haep émue. « J’ai acheté Quesera au début de sa quatrième année, alors qu’elle venait tout juste d’être débourrée. Je suis très heureuse qu’elle ait trouvé une bonne maison chez une jeune cavalière ambitieuse. Elle n’a que dix ans et a encore un avenir magnifique devant elle. »
Le “feeling” comme indicateur
La méthode de Haep va à l’encontre de la pression commerciale qui domine parfois le monde équestre. « Je ne peux pas vraiment expliquer comment je trouve ces chevaux, mais il faut qu’il y ait un déclic. Je suis souvent attirée par des chevaux un peu ‘particuliers’. Mon objectif n’a jamais été de les exposer très jeunes. À quatre ou cinq ans, on me voit rarement en concours. Je vis à l’écart, je monte beaucoup en extérieur et je travaille dans le calme. C’est justement cette base qui fait la différence quand ça compte vraiment. »
Cela s’est aussi vérifié avec Quesera. Après une période de repos due à une légère blessure, la jument est revenue plus forte que jamais. Elle a remporté le Grand Prix 2* de Bonheiden, terminé deuxième à Gassin et s’est illustrée dans le Grand Prix 1,55 m de Nancy. « C’était comme si le marché l’attendait ; dès son retour en piste, les demandes ont afflué. »
Souvenirs d’Iashin Sitte
Le départ d’un cheval de haut niveau ravive inévitablement des souvenirs, notamment la vente d’Iashin Sitte à Steve Guerdat. « C’était une toute autre histoire, surtout parce que je ne voulais pas vraiment le vendre », raconte-t-elle en souriant. « Quand Steve est venu l’essayer, j’ai été tellement honnête sur son caractère que mon mari a plaisanté en disant que je faisais tout pour le décourager. Mais après 17 sauts, Steve est descendu en disant : “J’adore ton cheval”. Je n’aurais jamais imaginé qu’il gagnerait ensuite des Coupes du monde. Le voir encore gagner à Genève l’hiver dernier reste l’un de mes plus beaux souvenirs. »
Focus sur la jeunesse
Avec le départ de Quesera et la décision de confier son autre cheval de tête, la jument de 8 ans Macumba Sitte (Fidelgo du Houssoit), à sa fille pour sa dernière année en Children, Pascale Haep fait un léger pas en retrait du très haut niveau.
« Pour le moment, je n’ai à l’écurie que des chevaux de 5, 6 et 7 ans. J’espère qu’il y a parmi eux une nouvelle perle qui me fera vivre des moments comme ceux des dernières années. Je continue à travailler comme toujours : avec respect et amour du cheval comme base. Jusqu’à présent, cela s’est révélé être le chemin du succès. »