Ludovic Escure, le groom de Kevin Staut : " Le plus beau de mon métier ? Gagner !"

Ludovic Escure, le groom de Kevin Staut : " Le plus beau de mon métier ? Gagner !"

Bien sûr, notre sport ne se limite pas au cheval et au cavalier.Chaque cavalier a une équipe derrière lui qui rend le sport possible. C'est pourquoi Rolex Grand Slam s'est entretenu avec Ludovic Escure, le groom du cavalier français Kevin Staut, au sujet des chevaux, des meilleurs aspects du travail et... Le CHIO d'Aix-la-Chapelle. 

Parlez-nous des chevaux qui sont ici avec vous au CHIO d’Aix-la-Chapelle...

On a d’abord Emir De Moens Harcour, qui à sept ans n’a pas encore de très gros moyens et a parfois du mal à rester concentré, mais qui je pense pourrait être un crack à l’avenir. Il y aussi Tolede De Mescam Harcour, une jument qui va sûrement participer à l’épreuve de ce soir [le Turkish Airlines-Prix d’Europe] et au Rolex Grand Prix de dimanche. Elle a un tempérament calme, elle préfère être toute seule dans le pré chez nous. Elle peut être inégale, gagner un jour et faire trois fautes la semaine d’après, sans raison particulière.

Ensuite, on a Visconti Du Telman, une jument de 12 ans qui est trop mignonne. On se demande parfois avec elle si les chevaux peuvent avoir des mêmes troubles du développement comme l’autisme : elle est un peu dans la lune, dans son monde. Cela fait deux ans que Kevin la monte, et les débuts n’ont pas été faciles. À une époque, on n’avait pas assez de chevaux, car Viking [Scuderia 1918 Viking D'la Rousserie] était boiteuse. Visconti est donc devenue notre cheval principal, et a fait pas mal de Coupes des Nations et de Grands Prix, pour lesquels elle n’était peut-être pas tout à fait prête, avec le recul. Mais elle fait tout ce qu’elle peut pour faire plaisir à son cavalier. Elle a beaucoup appris aux récents Championnats d’Europe, et elle participera à la Coupe des nations Mercedes-Benz à Aix-La-Chapelle.

Enfin, on a une jument, Lubie de l'Elan, qui appartient à des amis proches de Kevin. Kevin l’essaie sur quatre concours pour cerner son potentiel. Il l’a montée à Valkenswaard puis au Stephex Masters de Bruxelles, et enfin à Riesenbeck, où elle a fait un sans-faute dans un Grand Prix 3*. Elle n’est pas particulièrement puissante ou explosive, mais elle fait tout pour ne pas faire de faute à l’obstacle.

Comment est-ce de travailler pour Kevin [Staut] ?


C’est un gars exceptionnel, qui connaît très bien ses chevaux. Il lit constamment des articles et étudie les autres cavaliers pour améliorer ses connaissances et son rapport avec les chevaux. Quand il fait une mauvaise performance, il peut être dur avec lui-même. Il est très exigeant envers lui-même comme envers moi. J’aime beaucoup travailler avec lui, car on fonctionne vraiment en équipe, on essaie sans cesse de trouver comment s’améliorer. Il est très matinal, à tel point que je me demande parfois s’il dort ! C’est le contraire de moi. Tout le monde m’a dit qu’en travaillant pour Kevin, je deviendrai matinal, mais ça fait quatre ans et je ne le suis toujours pas ! Kevin prend soin de moi et m’aide pendant les concours où je dois m’occuper de beaucoup de chevaux, comme cette semaine à Aix-la-Chapelle. C’est mon patron avant tout, mais nous sommes très proches. On comprend tous les deux quand il faut être sérieux, mais on sait aussi se détendre et profiter de la vie.

Qu’est-ce qui fait du CHIO d’Aix-la-Chapelle une compétition à part ?

Je le regarde à la télévision depuis les Championnats du Monde de 2006, auxquels participaient de supers chevaux comme Shutterfly. Même à la télé, on comprend que ce concours est comme nulle part ailleurs : l’atmosphère, le stade, la foule... Si vous demandez aux grooms et aux cavaliers quel concours ils ne veulent absolument pas rater, c’est celui-là. Quand je suis venu pour la première fois, je n’ai pas été déçu. Un vacarme incroyable se faisait entendre. J’ai cru que c’était le stade de foot à côté, et puis j’ai compris que c’était la cérémonie d’inauguration ici-même. Les gradins étaient pleins à craquer tous les jours. C’est un très grand concours en Allemagne, qui attire aussi des gens de tous les coins du monde. Pour un groom comme moi, aller à un événement du Rolex Grand Slam comme Aix-la-Chapelle, c’est un tout autre niveau. Travailler à Genève, Calgary, Aix-la-Chapelle, ou au The Dutch Masters, c’est un rêve devenu réalité.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre métier de groom ?

Gagner, évidemment, ça reste la motivation première. Peu importe si c’est une épreuve à 1,40 m ou un Grand Prix 5*, j’adore quand on gagne. Quand Kevin se qualifie pour le barrage, c’est toujours un moment très exaltant. Il y a des jours où les choses ne vont pas comme on veut, et c’est vital d’entretenir une bonne relation avec son patron dans ces cas-là.

Qu’est-ce que vous aimez moins dans votre métier de groom ?

Me lever le matin ! Et faire les écuries, encore que ça ne me dérange pas trop. En général, il faut faire pas mal de sacrifices. La famille et les amis d’école vous manquent, mais on a tellement de copains sur le circuit que ça compense. Il y aussi beaucoup de conduite à faire, mais j’aime assez être tout seul dans le camion à rêvasser.

Source:Rolex Grand Slam / Photo: Peggy Schröder