Nous arrivons au bout de cette interview de Rodolphe Scherer dans laquelle nous avons abordé différents sujets (parties : 1 / 2 / 3).Dans cette dernière partie, Rodolphe Scherer nous parle du Complet en général, l'avenir qu'il lui voit...
L'évolution du Complet
Je ne pense pas que le Complet aura un jour la croissance que connaît aujourd'hui le CSO parce que le CSO dispose d'une certaine "facilité d'accès", à partir du moment où vous avez des moyens c'est plus simple de se développer. Je pense que notre atout c'est qu'on est un magnifique spectacle, on l'a encore prouvé aux JEM, ça s'est aussi vu au Lion d'Angers, à Pau... Avant qu'un cso ne fasse 50 000 spectateurs, c'est pas demain la veille ! Et ça c'est quand même un atout de fou. Mais par moment on a loupé la gache, j'ai l'exemple d'il y a quelques années, après les JO d'Atlanta quand Pierre Durand était président de la FFE. Lors de ces JO on avait fait le record d'audience sur France 3 et le patron de la chaîne était venu nous voir là où on logeait, un peu curieux, donc il a passé 2h avec Pierre Durand et dans l'hiver ils se sont revus parce que forcément les sports équestres l'avaient intrigué et au final ils lui ont vendu le concours de Paris-Bercy en indoor qui a fait une très mauvaise audience... On a fait assez souvent des erreurs comme ça qu'on a payé assez cher... De temps en temps quand ils étaient intéressés en complet on a essayé de leur vendre du complet en direct et je pense que c'est une erreur de leur vendre en direct parce qu'il peut se passer quelque chose et l'épreuve peut être arrêtée une heure. Pour moi il vaudrait mieux faire comme ils font au Lion d'Angers et en Angleterre par exemple où ils filment le dressage, le cross et le dimanche ils diffusent un peu de dressage, un beau montage des meilleurs moments du cross et après en direct les vingt meilleurs sur le saut d'obstacles où il y a le suspens, l'adrénaline et là on a tout. On a quelques images du dressage pour montrer ce que c'est, on peut mettre des images des coulisses, le cross avec un super montage, et pour finir les meilleurs sur le saut d'obstacles avec la montée en puissance etc. et ça, ça marche bien à chaque fois ! Mais les gens essayent toujours d'inventer des choses plus compliquées. Je pense qu'en faisant ça on va y arriver, et en pérennisant des événements comme Pau, comme le Lion, comme là j'espère après au Pin etc. Il faudrait réussir aussi à attraper un ou deux chefs d'entreprise qui se rendent compte qu'amener ses clients une journée en concours sur des événements comme ça, c'est familial ; il faut qu'ils y prennent goût comme ceux qui amènent des clients dans une loge pour un match de foot. C'est un autre type de clientèle mais je pense qu'il y a des gens pour ça. Ça peut marcher ! Après au niveau de la FEI je pense qu'il y aurait quelque chose à faire, c'est que comme en cso, et ça va peut-être froisser des gens au départ, mais il faudrait qu'on impose des dotations minimales pour chaque catégorie. Quand vous êtes 10ème du 3* de Boekelo et que ça ne rembourse pas votre engagement ça le fait pas alors que vous avez 50 000 spectacteurs. Il ne s'agit pas non plus de mettre 2 millions de dotation, on n'en est pas là. Un autre exemple, là aux JEM, avec Makara je suis 20ème, classé, et j'ai gagné 600€ ; même si on n'y va pas pour gagner de l'argent, il faut au moins que ce soit des chevaux qui se rentabilisent si l'on veut aussi attirer des investisseurs... Et puis c'est un système, l'argent appel l'argent. Là on va avoir un nouveau circuit du Grand National qui va se dérouler sur les anciens sites de l'IFCE, à Saumur, Pompadour, Le Pin, Le Lion d'Angers et ça c'est un très beau circuit ! Et puis en ce moment je pense qu'il y a des gaches, on traîne des idées sur l'écologie, le vert etc et je pense qu'une entreprise qui veut se faire de l'audience pourrait être attirée par le Complet. En plus on est à la fois pas un sport de "beauf" mais pas non plus un sport un peu "bobo". Sur les complets le public est quand même très varié et ça c'est génial. On a un peu l'impression d'être dans un pub anglais avec le Lord et ses ouvriers qui sont ensemble autour d'une bière et ça je pense que c'est un vrai atout ! On a un inconvénient mais qui est peut-être aussi une qualité c'est la notion de risque, d'investissement physique, qu'on nous reproche souvent mais je pense que c'est un atout, un peu comme la montagne et la mer, ça a toujours fasciné aussi parce qu'il y a des risques. C'est vrai qu'en cso quand il y a un émirat arabe qui achète un cheval dix millions d'euros, qui monte n'importe comment et qui couche la piste, il n'y a que le cheval qui ramasse des barres. En complet, s'il fait la même chose peut-être qu'effectivement son cheval va ramasser mais lui à un moment il peut ramasser aussi. Certains peuvent trouver ça dommage mais c'est aussi une force. Je pense que le cso et le complet s'auto-alimentent, quand l'un va bien et se développe, l'autre suit également. Aujourd'hui certains pays en voie de développement n'ont pas les moyens de sortir en cso comme ont fait les pays arabes mais ils peuvent se rabattre sur le complet où on est un peu plus sur du travail et un investissement moins important. C'est pour ça que moi la partie entrainement, toucher l'international, ça m'attire, parce qu'aujourd'hui beaucoup de ces pays-là quand ils viennent ils atterrissent en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Angleterre alors il faut qu'on arrive à les accrocher ; on a en plus de beaux circuits. Maintenant il y a en plus des choses qui s'arrangent, on peut inscrire plus facilement les chevaux, avant on était dans un espèce de carcan maintenu par les Haras Nationaux mais aujourd'hui on peut commencer à faire des choses. Je trouve qu'on est la discipline qui a fait le plus d'efforts, qui a le plus changé même si à un moment on nous a fait faire des changements qui étaient de la bêtise, comme par exemple aux JO quand les épreuves individuelles et par équipes étaient séparées et qu'on se retrouvait carrément à monter deux cross avec notre cheval ; puis pour nous reprocher deux ans après que ça coûtait trop cher... Le fait de faire deux cso comme il y a eu à Londres c'est pas si mal, ça ne détériore pas tellement la discipline. Je pense qu'au niveau des évolutions il va y avoir surtout plus de communication sur les événements, pour se donner plus de moyens. Curieusement je pense que mettre de la dotation va donner de l'importance à la discipline. C'est un fait très anglo-saxon ; aux Etats-Unis par exemple si vous communiquez sur une épreuve importante vous allez mettre en avant sa dotation alors qu'en France c'est comme si on avait un peu honte qu'il y ait de la dotation. 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A.L