À l’instar du saut d’obstacles et du dressage, l’équipe belge de concours complet abordera les Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle avec l’ambition de décrocher un billet pour les Jeux olympiques. Un objectif à la fois logique et justifié : lors des derniers Jeux, à Paris, l’équipe de concours complet a signé le meilleur résultat de toutes les disciplines équestres belges en terminant à une remarquable quatrième place.
Lors des Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle (13 au 16 août), une qualification olympique sera attribuée aux sept premières nations, voire aux huit premières si le pays hôte, les États-Unis, figure parmi les sept premiers. Un objectif tout à fait à la portée des cavaliers belges de concours complet.
Quatre des cinq membres de l’équipe sont issus de Paardensport Vlaanderen. Tous pratiquent leur discipline à un haut niveau de professionnalisme, même si, à l’exception de Karin Donckers et Lara de Liedekerke, ils exercent également une autre activité professionnelle. L’équipe réunit ainsi un contrôleur aérien, un informaticien et un entrepreneur spécialisé dans les travaux routiers.
La préparation de l’équipe a débuté à l’automne 2025, et toute l’année 2026 a été entièrement consacrée aux Championnats du monde. Les chevaux ont participé à trois, au maximum quatre compétitions, entrecoupées d’un programme d’entraînement élaboré sous la direction du sélectionneur national Kai-Steffen Meier.
En raison du nombre limité de compétitions et des nombreux stages collectifs, le concours complet est, de loin, la discipline olympique équestre où l’esprit d’équipe est le plus fort. Aucune autre discipline ne cultive autant la solidarité, la cohésion et le sentiment d’appartenance. La « famille du concours complet » existe bel et bien.
L’histoire de Maarten Boon en est une belle illustration. Il a débuté comme groom auprès de Kris Vervaecke, aujourd’hui premier réserviste pour les Championnats du monde, tout en gardant son fils Senne. Désormais, Senne et Maarten feront ensemble le déplacement à Aix-la-Chapelle. Plus tard, Senne souhaitait découvrir le métier d’arboriculteur et a effectué un stage d’un an chez « tante » Karin, où les cavaliers de concours complet se retrouvent régulièrement pour s’entraîner. Ces liens personnels renforcent encore leur complicité sportive.
Karin Donckers : « Le collectif permet à chacun de se dépasser »
Personne n’est mieux placée que Karin Donckers pour évoquer cette réalité. Avec sept participations aux Jeux olympiques et neuf Championnats du monde à son actif, elle sera une nouvelle fois au départ à Aix-la-Chapelle avec son cheval olympique Leipheimer van het Verahof.
« Dans certaines disciplines, un cavalier peut se contenter de son groom. En concours complet, c’est impossible. On a besoin les uns des autres. C’est aussi une passion commune qui rassemble les gens et crée des liens. Notre sport réunit trois disciplines totalement différentes. Parfois, votre reprise de dressage est excellente, mais le cross se passe moins bien, ou l’inverse. À ces moments-là, il est essentiel de pouvoir compter sur ses coéquipiers, de savoir qu’ils sont là pour vous soutenir.
La force d’une équipe soudée est inestimable. Cet esprit se construit tout au long de l’année. Chaque cavalier dispose d’une carrière, mais tout le monde n’a pas un parcours de cross à disposition. C’est pourquoi nous nous entraînons si souvent ensemble et dépendons énormément les uns des autres. Cela implique que nous nous connaissons parfaitement.
Il y a aussi un autre aspect : le concours complet est un sport dans lequel on investit beaucoup d’argent sans réellement en gagner. Cela renforce encore davantage la solidarité. Au fond, nous sommes tous dans le même bateau. »
Obtenir le meilleur résultat possible en équipe

Les cavaliers belges savent également qu’ils obtiennent toujours leurs meilleurs résultats lorsqu’ils évoluent en équipe. « C’est ce qui nous pousse à tirer le meilleur les uns des autres », explique Karin Donckers. « Il suffit de regarder nos résultats individuels aux Jeux olympiques de Paris. Lara de Liedekerke a terminé 13e, Tine Magnus 28e et moi 16e. Pourtant, par équipes, nous avons décroché la quatrième place. Cela montre toute l’importance du collectif.
Bien sûr, ma passion reste le concours complet. J’aime toujours autant monter à cheval chaque jour et chercher à faire progresser mes chevaux. Mais il y a autre chose : l’équipe permet à chacun de se dépasser. Des compétitions comme les Jeux de Paris procurent une motivation et une énergie incroyables. »
Si Karin Donckers ne possède pas encore de statue à son effigie, elle est depuis longtemps une véritable source d’inspiration. Fille d’agriculteurs, elle sait ce que signifie travailler dur et a démontré qu’il était possible d’atteindre le plus haut niveau mondial avec des moyens limités, grâce à la persévérance. Pour de nombreux cavaliers, elle a ouvert la voie et demeure la véritable locomotive de cette équipe.
Senne Vervaecke : « Google van Alsingen a fait de moi un cavalier plus intelligent »

À 29 ans, Senne Vervaecke en est le parfait exemple. Né au milieu des chevaux de concours complet de l'élevage Van Alsingen, appartenant à son père Kris Vervaecke – réserviste de l'équipe belge pour les Championnats du monde –, il a grandi dans l'univers du concours complet. Cette discipline lui a été transmise dès son plus jeune âge.
Durant sa jeunesse, il a participé à six Championnats d'Europe et faisait déjà partie de l'équipe belge lors des derniers Championnats du monde, il y a quatre ans. Curieux de savoir si une carrière de cavalier professionnel de concours complet lui conviendrait, il a passé une année en apprentissage auprès de Karin Donckers. Il est toutefois rapidement apparu qu'il ne suivrait pas son exemple. La charge de travail qu'elle s'impose lui semblait difficile à concilier avec ses propres aspirations. Aujourd'hui, Senne travaille à temps partiel dans l'informatique et consacre le reste de son temps à ses chevaux.
Pour les Championnats du monde, il pourra compter sur Google van Alsingen, une jument de 15 ans avec laquelle il a traversé de nombreuses épreuves avant d'atteindre le plus haut niveau. Persévérant, il n'a jamais cessé de croire en elle.
« J'ai très vite reconnu les qualités de Google, et cela m'a donné envie de continuer à croire en elle. Bien sûr, cette confiance a souvent été mise à rude épreuve. Au fond de moi, je savais que cela finirait par fonctionner, je ne savais simplement pas quand. »
Il aura fallu près de cinq ans pour que le couple exprime tout son potentiel, mais Senne estime que cette attente en valait largement la peine.
« Google a fait de moi un cavalier plus intelligent. Elle m'oblige à me remettre constamment en question et à être très attentif à ce qu'elle me dit. Je dois anticiper son comportement et me demander en permanence ce dont elle a besoin à chaque instant. Grâce à elle, je réfléchis avant même de monter en selle et je fais passer ses besoins avant tout. C'est un apprentissage extrêmement enrichissant, qui m'a apporté une meilleure compréhension du cheval et énormément d'expérience. »
Maarten Boon, de groom à cavalier olympique

À 45 ans, Maarten Boon a commencé sa carrière sportive comme groom avant de devenir réserviste de l'équipe belge aux Jeux olympiques de Paris. Il a vécu pleinement cette expérience olympique, sans avoir à entrer en piste. Il est sans doute le cavalier le plus imperturbable de l'équipe, une qualité qu'il attribue en grande partie à son métier.
Depuis le début de sa carrière professionnelle, Maarten Boon est contrôleur aérien à l'aéroport de Bruxelles.
« C'est un métier stressant. Les chevaux sont mon moyen de décompresser, et je tiens à ce que cela reste ainsi », explique-t-il.
À la maison, il s'occupe de quatre chevaux : deux lui appartiennent et deux sont montés par son fils Thijs, seul cavalier de niveau T1 en concours complet au sein du Plan Talents. L'an dernier, Thijs a remporté la médaille d'argent par équipes aux Championnats d'Europe et s'est classé quatrième en individuel.
Maarten Boon s'est révélé au niveau international grâce à sa jument de 15 ans, Gravin van Cantos, qu'il avait pourtant achetée à l'origine pour son épouse. Celle-ci recherchait un cheval fiable pour participer à des épreuves de cross amateur. Maarten a repéré Gravin alors qu'elle n'avait que quatre ans. À la demande de son épouse, il a assuré sa formation... avant de ne plus jamais la lui rendre.
Le couple était déjà présent lors des précédents Championnats du monde. Un détail retient particulièrement l'attention : Maarten Boon et Gravin obtiennent régulièrement d'excellentes notes en dressage. Lors des récents Championnats de Belgique, ils ont décroché la médaille de bronze après avoir pris la tête du classement à l'issue de la première journée consacrée au dressage. Une régularité qui caractérise leurs performances.
« Gravin a tout simplement de grandes qualités en dressage, et c'est elle qui m'a transmis le goût de cette discipline », confie Maarten Boon.
Ils auront l'occasion de le démontrer à nouveau dans quelques semaines à Aix-la-Chapelle.
Wouter De Cleene : « Ragdoll n'a que 9 ans, et elle efface déjà tous les doutes et tout le stress. »

Âgé de 38 ans, Wouter De Cleene est originaire du Pays de Waes. Sa jument Ragdoll De Tamise, du haut de ses 9 ans, est la plus jeune monture de l'équipe belge. Son immense talent fait toutefois l'unanimité.
Ragdoll est la propre sœur d'Olympic de Muze, avec lequel Karin Donckers était également candidate à une sélection pour les Championnats du monde. Sa grand-mère maternelle, Southern Queen xx, est aussi la mère de Fletcha van 't Verahof, olympique, ainsi que de son propre frère Leipheimer van 't Verahof, lui aussi olympien, que Karin Donckers montera à Aix-la-Chapelle.
Dans la vie de tous les jours, Wouter De Cleene dirige une entreprise spécialisée dans les travaux routiers et les réseaux d'égouttage. L'entrepreneuriat et le concours complet font partie intégrante de son ADN. Ragdoll De Tamise est, de loin, le meilleur cheval qu'il ait jamais eu dans ses écuries.
« Je ne vais pas faire semblant : au 1er janvier, j'espérais secrètement être sélectionné pour les Championnats du monde. Mais je savais aussi que j'avais encore tout à prouver. »
Et le couple l'a démontré de manière convaincante.
« Nous pouvons encore progresser, notamment en dressage et dans la vitesse d'exécution sur le cross. Mais ce que Ragdoll montre déjà dépasse toutes les attentes pour une jument aussi jeune. »
C'est le sélectionneur national qui a convaincu Wouter De Cleene de croire pleinement en leur potentiel. Grâce aux opportunités, à l'encadrement et au suivi dont ils ont bénéficié, le duo n'a cessé de progresser. Aujourd'hui, Ragdoll fait disparaître tous les doutes et tout le stress de son cavalier.
Il y a tout juste un an, ils disputaient à Avenches leur premier concours quatre étoiles, une expérience qui s'est révélée être un véritable succès. Depuis, malgré son jeune âge et son manque d'expérience, la jument franchit chaque étape avec une étonnante facilité.
Chef d'entreprise, Wouter De Cleene mène une vie professionnelle particulièrement chargée. Ce n'est qu'en soirée qu'il peut consacrer du temps à l'entraînement de ses chevaux, sans jamais renoncer à une approche résolument professionnelle.
Pourra-t-il contribuer à décrocher le précieux billet olympique ?
« Je comprends la pression. Les Jeux olympiques représentent le sommet de notre sport. Mais, pour l'instant, je veux surtout profiter pleinement de ces Championnats du monde. Je suis avant tout reconnaissant d'avoir cette opportunité et je veux en tirer le meilleur tout en savourant chaque instant. »