François Vergnol (Directeur exécutif FEI en charge du commerce, du marketing et de la communication) n’a pas mâché ses mots : à une époque où les sports équestres sont souvent perçus comme une niche ou comme peu accessibles, la nouvelle stratégie 2026–2030 doit aller au-delà des diffusions télévisées traditionnelles.

Des fans guidés par la donnée : la FEI mise sur un modèle « free-to-air » afin d’attirer de nouveaux publics, tout en utilisant les données pour maintenir l’engagement des « superfans ».

Le récit du bien-être : point notable, la FEI souhaite intégrer pleinement le bien-être des chevaux dans sa stratégie marketing. L’objectif est de raconter de manière proactive des histoires autour des soins apportés aux chevaux, plutôt que de simplement réagir aux incidents ou aux scandales. Si ce « storytelling proactif » constitue une stratégie de communication habile, la FEI devra veiller à ce que la réalité en piste corresponde aux images soignées diffusées sur les réseaux sociaux. Le branding ne fonctionne que si le sport répond réellement aux préoccupations éthiques du grand public.

Réformes vétérinaires : science vs tradition

La session 5 a donné lieu aux discussions les plus techniques — et potentiellement les plus controversées. La révision du règlement vétérinaire de la FEI s’appuie fortement sur des données scientifiques et cible des domaines longtemps restés dans des « zones grises ».

Principales modifications proposées :

  • Aptitude à concourir (Fitness to Compete) : nouvelle attention portée à l’évaluation comportementale et à l’utilisation de l’échelle de Henneke pour objectiver l’état corporel du cheval.
  • Politique « Clean Sport » renforcée : règles plus strictes concernant la possession de médicaments, interdiction des injections non nécessaires et nouveaux protocoles pour l’utilisation de la pergolide (contre la maladie de Cushing/PPID).
  • Le dilemme du « cheval dangereux » : un débat animé a émergé autour de l’exclusion des chevaux jugés « trop dangereux ». Les délégués se sont interrogés sur l’équilibre entre performance sportive de haut niveau et sécurité, notamment lorsque les comportements dangereux résultent du stress ou des méthodes d’entraînement.
  • Sensibilité des membres : des changements majeurs sont attendus concernant les protocoles liés à l’hypersensibilité des membres, avec le remplacement de l’examen « Final Hypersensitivity » par des méthodes de test plus efficaces.

Repos en écurie et scooters sur le site

Le forum s’est également penché sur la logistique des événements. Une fermeture nocturne obligatoire des écuries (minimum six heures) a été proposée afin de garantir un repos suffisant aux chevaux — une évolution attendue depuis longtemps par le secteur.

Cependant, certaines mesures plus modestes ont suscité des résistances. Le projet d’interdiction des vélos et des trottinettes électriques dans les zones d’écurie a été contesté par la para-dressage. Les représentants ont souligné que ces moyens de transport sont souvent des outils essentiels pour les athlètes en situation de handicap, et non de simples « gadgets ».

Verdict final : une étincelle de jeunesse ?

La secrétaire générale Sabrina Ibáñez a clôturé le forum en saluant « l’énergie renouvelée » des jeunes athlètes présents. Leur participation aux débats laisse entrevoir un changement générationnel, où la logique du « on a toujours fait ainsi » cède la place à une approche plus transparente et axée sur le bien-être.

Conclusion

Le FEI Sports Forum 2026 montre que la fédération n’est plus sourde au débat sociétal autour de la « social license to operate ». Le véritable test résidera toutefois dans la mise en œuvre : le cycle 2026–2030 sera-t-il celui d’une réforme authentique, ou se limitera-t-il à des vidéos soigneusement produites tandis que le sport peine, en profondeur, à se moderniser ?